Impacts économiques de la guerre en Ukraine

07 Avril 2022

Cela fait plus de deux ans que la pandémie maintient une pression accrue sur les chaines d’approvisionnements mondiales et depuis la fin du mois de février, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe est venue accentuer cette tension. Tour d’horizon:

Cette guerre remet en question l’ordre économique des dernières décennies et ses effets sur le territoire ukrainien, couplés aux sanctions internationales contre la Russie, provoquent des perturbations avec des conséquences globales.  

Plusieurs grandes organisations internationales telles que le FMI ou l’ONU via le programme alimentaire mondial ont averti que ce conflit aurait à terme des impacts majeurs sur l’économie mondiale.  

Conflit Ukraine Russie Shutterstock 2022 04

Pourquoi le prix des matières premières ne cesse d’augmenter ? 

La guerre en Ukraine accentue encore les perturbations que nous connaissions déjà sur les échanges internationaux. Ce conflit alimente le déséquilibre entre l’offre et la demande pour les matières premières, tout en renforçant la volatilité des marchés.

Dans le contexte inflationniste actuel, cela se traduit déjà par une hausse rapide des prix dans plusieurs industries, à commencer par le pétrole. 

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La Russie est le premier exportateur mondial de céréales et d’engrais

La Russie est un grand pays exportateur de matières premières en général et le premier exportateur mondial de céréales et d’engrais. Un ralentissement de ses exportations agricoles pourrait avoir une incidence sur les prix.

On note que le blé a atteint en mars 12$ US le boisseau, un record depuis 2008.  Agriculture et Agroalimentaire Canada s’attend à ce que la production et les exportations globales de blé atteignent des creux historiques pour la campagne agricole qui se terminera le 31 juillet.  

Néanmoins, le Canada, septième producteur mondial, demeure un leader en termes de production de blé et pourrait exporter une partie des céréales pour remplacer celles indisponibles sur les marchés mondiaux.1

D’autre part, la Russie est l’un des plus grands exportateurs mondiaux de métaux industriels. Le pays fournit environ 40 % du palladium et 30 % du titane au monde entier. Le nickel, l’acier, l’aluminium, le bois et le charbon sont aussi parmi les plus grandes exportations du pays.

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La Russie  et l’Ukraine font partie des plus grands exportateurs mondiaux de métaux industriels

En contrepartie, l’Ukraine est aussi un pays important en matière d’exportation de produits agricoles, de métaux, de machineries et de pièces automobiles.  

Les matières premières en provenance des deux pays servent à la production d’une multitude de produits dans le monde. De ce fait, peu de secteurs d’activités sont à l’abri des tensions sur les prix engendrés par la pénurie de matériaux et de matières première.2

En revanche, le Canada est bien positionné sur plusieurs de ces secteurs d’activités et devrait donc globalement profiter de la hausse des prix à l’exportation.  

Menace d’un choc pour le marché de l’énergie 

L’offensive russe a immédiatement eu un impact sur le coût de l’énergie, notamment en ce qui concerne le prix du gaz et du pétrole. La Russie produit plus de 20 % du gaz et 15 % du pétrole à l’échelle mondiale.3 Le prix du baril de Brent ne cesse de monter et il probable que les prix demeurent élevés tout au long de l’année.  

En ce qui concerne le gaz, on souligne que 40 % du gaz naturel consommé en Europe provient de la Russie, et que le tiers de l’approvisionnement passe par l’Ukraine. L’offre d’énergie est donc à risque pour le continent européen, du fait d’une éventuelle suspension des approvisionnements par la Russie, en représailles aux sanctions économiques.4

Vladimir Poutine a annoncé qu’à compter du 1er avril, les acheteurs devront régler les livraisons de gaz naturel à partir de comptes bancaires en roubles, menaçant d’annuler les contrats en cours en cas de refus.5  

Hausse du prix de l'énergie
Le conflit en Ukraine a eu des conséquences immédiates sur le prix de l’énergie

Dans le cadre de la situation géopolitique actuelle, les alliés occidentaux tentent donc de limiter leur dépendance vis-à-vis de la Russie pour leur approvisionnement en énergie. Néanmoins ces changements sont souvent difficiles à réaliser immédiatement. 

Considérant que le Canada est peu dépendant de l’énergie russe, cela ne représente pas une menace majeure et immédiate pour notre économie. Au contraire, le Canada a déjà prévu d’augmenter sa production à 300 000 barils par jour d’ici la fin 2022 pour aider l’Europe à pallier les importations de la Russie.6

Compte tenu de cette situation, le Canada pourrait ainsi remplacer environ 5 % des importations européennes de gaz en provenance de Russie et 10 % de ses importations de pétrole.

Néanmoins, cette crise en Europe pourrait aider à accélérer la transition énergétique sur le moyen terme et pousser plusieurs pays à trouver des alternatives aux énergies fossiles comme le charbon, le pétrole ou le gaz. 

Vers une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement ? 

Les entreprises canadiennes ont d’ores et déjà entamées depuis le début de la pandémie un rapatriement de certaines activités pour les rapprocher de leur marché local. En effet, devant les difficultés d’approvisionnement rencontrées, elles ont diversifié leurs sources d’importations et rapatrié la production pour certains secteurs clés afin de réduire leur dépendance de biens critiques.7

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Le retour à des chaines d’approvisionnement mondiales plus stables pourrait prendre un certain temps. Les entreprises qui s’approvisionnaient ou exportaient majoritairement en Russie devront faire preuve de patience, surtout pour les achats de matières premières.  

Cela pourrait prendre des années avant que les entreprises ne trouvent des alternatives à l’importation d’intrants critiques non disponibles localement ou en grande quantité. De même, reconfigurer l’ensemble des chaines d’approvisionnement pourrait réduire les économies d’échelles réalisées précédemment et aura donc une incidence sur les coûts. 

Un impact économique réel mais potentiellement limité au Canada 

Il est encore difficile de prévoir l’impact économique sur le long terme de la guerre en Ukraine. Une chose est certaine, l’inflation pourrait être soutenue. Des économistes suggèrent même que si ce conflit persiste, il entraînera une récession en Europe, voir même une stagflation, selon la Banque Nationale.  

On parle de stagflation (contraction des mots stagnation et inflation) lorsque l’activité économique fait du surplace ou est en légère régression et que l’inflation se fait galopante, entraînant du même coup une hausse importante du chômage. 

Cependant, il est important de rappeler que le Canada et la Russie ne sont pas des partenaires commerciaux d’une grande importance. En ayant pris la décision de suspendre les permis d’exportation, Ottawa cible 700 M$ d’exportations sur un total de 500 à 600 G$ par année en échanges commerciaux internationaux.8

Certaines entreprises seront donc touchées, mais l’économie au pays dans son ensemble sera peu affectée

Ainsi, outre l’inflation sur les prix, les effets de la guerre seront assez limités au Canada. Par ailleurs, il est possible que l’économie canadienne puisse au contraire tirer profit de la forte demande pour les matières premières pour certains secteurs d’activités, découlant des sanctions imposées à la Russie.  

De plus l’afflux possible de réfugiés ukrainiens pourrait aussi représenter un apport de main d’œuvre temporaire dans la pénurie de main d’œuvre actuelle et soutenir la production au pays. 

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Sources

1 Radio Canada

2 EDC

3 Libération 

4 La Presse

5 Les Echos

6 BayStreet

7 Les Affaires

8 Radio Canada