Économie circulaire : révéler la valeur cachée de vos ressources

Pourquoi les manufacturiers passent-ils à côté de certains gains ?

Depuis quelques années, les entreprises manufacturières évoluent dans un contexte où les ressources sont devenues un enjeu stratégique. Hausse des coûts des matières premières, perturbations des chaînes d’approvisionnement, tensions géopolitiques, exigences accrues des clients… Les défis se multiplient et rappellent une réalité souvent oubliée : notre compétitivité dépend en grande partie de notre capacité à sécuriser les ressources dont nous avons besoin pour produire.

Face à cette situation, les réflexes sont bien connus. On cherche de nouveaux fournisseurs, on négocie les prix, on diversifie ses sources d’approvisionnement ou on augmente ses stocks. Toutes ces stratégies sont pertinentes, mais une question est encore rarement posée : et si une partie des ressources dont nous avons besoin était déjà présente ici, au Québec… voire déjà dans notre propre entreprise ?

Cette idée est au cœur de l’économie circulaire. Pourtant, celle-ci est encore trop souvent réduite à une question de recyclage ou de gestion des matières résiduelles. Or, son ambition est bien plus large. Elle consiste à préserver la valeur des ressources le plus longtemps possible en repensant la façon dont elles sont achetées, utilisées, entretenues, partagées, réemployées ou valorisées.

Le Plan de mise en œuvre 2026-2028 de la Feuille de route gouvernementale en économie circulaire du Québec illustre bien cette évolution. L’économie circulaire n’y est plus présentée uniquement comme un levier environnemental, mais également comme un moyen de renforcer la résilience économique, de réduire notre dépendance aux ressources extérieures et de créer davantage de valeur à partir de ce qui est déjà disponible sur notre territoire.

Cette vision est particulièrement pertinente pour les manufacturiers. Une chute de métal est-elle forcément un déchet ? Une palette est-elle réellement en fin de vie ? Une pièce remplacée peut-elle être reconditionnée ? La chaleur rejetée par un procédé pourrait-elle alimenter un autre bâtiment ? Un équipement peu utilisé pourrait-il être partagé ? Autant de questions qui invitent à regarder différemment les flux qui traversent une entreprise.

Pourtant, malgré un intérêt grandissant pour ces approches, une réalité revient régulièrement dans les entreprises que nous accompagnons : les organisations sont nombreuses à vouloir aller plus loin, mais elles peinent souvent à savoir par où commencer.

Le recyclage n’est qu’une partie de l’équation

Au fil de nos accompagnements, plusieurs constats reviennent avec une étonnante régularité, peu importe la taille de l’entreprise ou son niveau de maturité.

Le premier est que l’économie circulaire demeure souvent associée au recyclage. De nombreuses entreprises nous expliquent qu’elles « font déjà de l’économie circulaire » parce qu’elles recyclent leurs matières ou valorisent certains résidus. Ces initiatives sont positives, mais elles ne représentent souvent qu’une petite partie des leviers disponibles. Les achats, les emballages, la maintenance, les équipements, l’énergie, les transports ou encore l’écoconception offrent eux aussi des occasions importantes de création de valeur.

Comprendre ses flux de matières avant de chercher une solution

Le deuxième constat est que les entreprises cherchent fréquemment des solutions avant d’avoir pleinement compris leurs flux. Les demandes portent souvent sur la recherche d’un recycleur, d’un partenaire ou d’un débouché pour une matière. Pourtant, la première étape consiste rarement à trouver une solution. Elle consiste d’abord à comprendre précisément ce qui entre et ce qui sort de l’entreprise : quelles matières sont utilisées, en quelles quantités, à quelle fréquence, à quel coût et pour quelles raisons deviennent-elles des résidus ? Sans cette compréhension, il est difficile d’identifier les meilleures pistes d’amélioration. Une solution efficace dans une entreprise n’est pas nécessairement transposable à une autre.

Des données dispersées, des bénéfices difficiles à mesurer

Le troisième constat concerne les données. Dans bien des organisations, y compris certaines ayant déjà entrepris des démarches structurées d’amélioration continue, les informations sur les flux de matières, d’énergie, d’eau ou de déchets demeurent incomplètes ou dispersées. Cette situation complique l’identification des priorités, mais surtout l’évaluation des bénéfices attendus. Les dirigeants souhaitent, à juste titre, investir dans des projets dont le retour sur investissement est démontré. Encore faut-il disposer des données nécessaires pour le mesurer.

La gouvernance au cœur d’une démarche collective

Enfin, la réussite d’une démarche repose rarement sur la motivation d’une seule personne. Il n’est pas rare que la responsabilité du développement durable soit confiée à un employé qui cumule déjà plusieurs fonctions, sans budget dédié, sans objectifs clairement établis et parfois sans véritable mécanisme de suivi. Les entreprises qui progressent le plus sont généralement celles qui inscrivent ces enjeux dans leur gouvernance, mobilisent plusieurs services et s’appuient sur une vision à long terme.

Amélioration continue : débusquer les coûts cachés du gaspillage

Ces constats rappellent que l’économie circulaire ne se résume pas à une succession de projets ou à la recherche de nouvelles filières de recyclage. Elle constitue avant tout une démarche d’amélioration continue.

Avant d’investir dans une nouvelle technologie, il est souvent plus pertinent de mieux comprendre ses propres flux. Avant de chercher une nouvelle ressource, il est parfois utile de se demander si une ressource équivalente n’est pas déjà disponible dans l’entreprise ou à proximité. Avant de conclure qu’un projet n’est pas rentable, il est également important de prendre en compte les coûts souvent invisibles associés au gaspillage : pertes de matières, manutention, entreposage, énergie consommée, achats évitables ou encore temps consacré à gérer des résidus.

Ces coûts cachés sont rarement intégrés aux analyses économiques. Pourtant, ils expliquent pourquoi certaines mesures d’économie circulaire génèrent des bénéfices bien plus importants que ce qui était initialement estimé.

Plus largement, cette approche invite à changer de regard. L’objectif n’est plus seulement de réduire les déchets, mais de mieux utiliser l’ensemble des ressources qui circulent dans l’entreprise. C’est cette capacité à observer différemment ses procédés qui permet souvent de faire émerger les meilleures idées.

De l’observation à l’action, avec les bons outils

L’intérêt des entreprises pour l’économie circulaire est aujourd’hui bien réel. Les initiatives se multiplient, les ambitions sont présentes et les exemples inspirants ne manquent pas. Le défi consiste désormais à transformer cette volonté en une démarche structurée, adaptée à la réalité de chaque organisation.

C’est précisément dans cet esprit que l’équipe Développement durable d’Excellence industrielle Saint-Laurent consacrera sa prochaine Table DD à l’économie circulaire, le 15 octobre 2026, dans ses locaux. Cette rencontre permettra aux participants de découvrir une méthode concrète pour repérer les occasions d’amélioration dans leur entreprise, à partir de cas pratiques, d’exemples québécois, d’échanges entre participants et d’outils simples qu’ils pourront réutiliser dans leur organisation.

Parce qu’avant de chercher de nouvelles ressources, la meilleure stratégie consiste peut-être à mieux comprendre et valoriser celles qui sont déjà à notre portée.